Le registre des livres perdus qui ressemble au compte du carbone
La bibliothèque est fermée, il ne reste que le bruit des roulettes. Je trie les retours dans trois chariots, rayons, réserve, table d’échange. Je recompte, et il manque quelques livres.
Chaque salle a son cahier, et les chiffres ne tombent jamais pile. Le petit tas de livres sans étiquette, c’est comme l’écart du carbone, ce qui reste quand on a compté ce qui entre et où ça se range. Ça n’annule pas tout, ça signale juste un angle mort.
Une mise à jour a rempli le registre jusqu’à la dernière année complète, et a ajouté une estimation rapide pour l’année du COVID-19, quand tout a ralenti. Les entrées viennent des combustibles et des usines, l’air est suivi par des mesures, et l’océan et les terres sont reconstruits avec plusieurs façons de compter.
Le changement le plus surprenant, c’est pour les terres. Au lieu d’un seul total, on sépare ce qui part quand on abîme ou on rase, et ce qui revient quand ça repousse. Comme une réserve qui dit enfin combien de livres elle sort et combien elle remet. Un total calme peut cacher beaucoup d’allers-retours.
Il y a aussi une petite correction côté ciment. En vieillissant, le ciment reprend un peu de CO2, lentement. Dans ma tête, c’est comme des couvertures qui boivent une tache au fil des jours, du coup le dégât réel est un peu plus petit que le premier coup d’œil.
Même avec tout ça, certains coins restent flous. Les terres, surtout hors des tropiques, ne racontent pas toujours la même histoire selon la façon de compter. Et dans l’océan, surtout vers le sud, les estimations ne se superposent pas bien.
Puis arrive le contraste qui pique un peu. L’année du COVID-19, les entrées ont baissé, mais le niveau dans l’air a continué à monter. Comme mes livres manquants, ça force à chercher endroit par endroit, sinon le stock grimpe sans qu’on s’en rende compte.