Au vestiaire, le calme peut cacher une foule en mouvement
Au vestiaire d’un théâtre, je jette un œil au portant toutes les minutes et je note le total. Ce soir, surtout des gros manteaux d’hiver et des trenchs légers. Parfois le chiffre reste pareil, mais mes mains, elles, n’arrêtent pas.
Compter une population vivante, c’est souvent pareil. On voit juste le total qui monte ou qui baisse. Si le total bouge un peu, impossible de savoir si presque personne n’est entré, ou si ça a beaucoup bougé dans les deux sens.
Pendant longtemps, on s’est contenté du bilan, comme au vestiaire: entrées moins sorties. Le truc, c’est que deux façons de gérer le portant peuvent donner le même total moyen. L’une freine les entrées quand c’est plein, l’autre pousse les sorties, et sur le papier ça se ressemble.
Le nouveau geste, c’est d’écouter les petites secousses. Entre deux coups d’œil, la moyenne dit dans quel sens ça va. Et l’ampleur des va-et-vient dit à quel point ça s’agite en coulisses. Retenue simple: la moyenne montre la différence, le “tremblement” montre la somme.
Pour m’y retrouver, je regroupe les moments qui se ressemblent. Quand il y a à peu près tant de manteaux d’hiver et tant de trenchs, à quoi ressemble la minute d’après, et à quel point ça varie. Ça me fait une carte des entrées et sorties probables, sans deviner la règle exacte au départ.
En jouant sur ces réglages, deux histoires se séparent. Si la foule bloque surtout les entrées, le total bouge doucement. Si la foule provoque surtout des sorties, le total fait plus de yoyo. Et pour un trench rare, sa chance de rester dépend beaucoup de ce que les gros manteaux font bouger autour de lui.
Du coup, dans le monde vivant, les petits hauts et bas ne sont pas juste du désordre. Ils peuvent dire si on contrôle surtout les arrivées, les départs, ou les deux. Je ferme mon carnet: tout à l’heure, je voyais du bruit; maintenant, je vois la règle cachée derrière le va-et-vient.