La liste parfaite du festival, et ce qu’elle cache
Dans le bureau sombre du festival, le programmeur lance le tri. Une liste bien rangée apparaît. La bénévole fronce les yeux: les petits films discrets, ceux qui avaient surpris l’an dernier, sont presque absents. Ici, un film, c’est comme une candidature, et la liste, c’est le premier filtre.
L’équipe suit le trajet d’un film. D’abord, qui entend l’appel à films. Ensuite, le tri rapide, bandes-annonces, résumés, alertes. Puis le jury. Puis ce qui se dit après, public et presse. Le truc, c’est que ces retours servent à régler le tri de l’an prochain.
La coordinatrice énumère ce qui fait pencher la liste sans que personne ne le veuille. Le prestige, les réseaux, l’idée du profil qui colle. Et aussi la vie: peur d’être mal traité, pas de quoi voyager, pauses pour s’occuper d’un proche. Même l’outil peut rater des accents, des visages, ou un formulaire peu accessible.
Quand ils veulent vérifier si c’est juste, ils se rendent compte qu’ils ne parlent pas de la même chose. Est-ce que les invités sont variés? Est-ce que la note se trompe plus sur certains? Est-ce que certains restent tout en bas et ne sont jamais vus? Une liste peut avoir l’air équilibrée, tout en gardant le haut toujours pareil.
Ils discutent des réparations, comme on le ferait pour des candidatures. Avant le tri, enlever des indices trop liés à l’identité, ou nourrir l’outil avec des exemples moins biaisés. Pendant, l’empêcher de prendre des raccourcis sur un nom, un visage, une voix. Après, réordonner la liste pour que les premières pages ne soient pas toujours les mêmes, mais ça demande parfois des infos sensibles.
Un autre souci tombe: ils mesurent surtout le début, parce que c’est là qu’il y a des traces faciles. Plus tard, ils savent mal si les invités ont été bien accueillis, s’ils ont pu continuer. Leurs infos viennent surtout de quelques langues et pays, et elles oublient des réalités comme le handicap. Et si une crise change les voyages et les vidéos, les réglages d’hier deviennent vite faux.
Le dernier soir, la coordinatrice ne regarde plus le tri comme l’unique endroit où tout se joue. Elle surveille toute la chaîne: qui entend l’appel, qui se fait écarter tôt, qui arrive en haut de la liste, et ce qui revient dans la boucle. Elle se méfie surtout des outils qui jugent à partir d’une vidéo ou d’un visage. Elle veut que demain ne soit pas écrit par les retours d’hier.